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samedi 8 avril 2017

Soleil vert, Harry Harrison


New York — Août 1999. Au milieu d'une population de trente-cinq millions d'hommes qui a retrouvé les Fléaux et les Grandes Peurs du Moyen Age, un jeune policier, Andrew Rusch, recherche l'auteur du meurtre de Mike O'Brien, un des gros bonnets du marché noir. Mais pourquoi poursuivre un criminel quand on sait que la victime méritait mille fois la mort ? Comment faire respecter la « loi et l'ordre » quand on est soi-même talonné par la solitude, l'angoisse et le désespoir ? Au cours d'une enquête mouvementée, alors qu'à la veille de l'an 2000 la ville est infestée par les Prophètes du Malheur, Andrew Rusch va découvrir sur quoi se fonde la Puissance des Maîtres du Futur.

Ecrit par Harry Harrison
Traduit par Sébastien Guillot
316 pages
Aux édition J'ai lu
Collection Nouveaux Millénaires
1966

  Je viens tout juste de tourner la dernière page de Soleil vert. Avec, je dois l'avouer, un certain scepticisme.
  Mais je vais un peu vite en besogne.
  Moins attirée par la science-fiction après une période d'environ un an ou deux ans entièrement consacrée à lire des dystopies, je me suis replongée dans cet univers assez particulier avec beaucoup d'attente. Je suis tombée sur cet "incontournable de la SF" au détour d'un cours de culture générale sur ce genre spécifique, dont le thème autant que les enjeux ont attisé ma curiosité.
  Qu'en ressort-il ?
 
  Tout d'abord, les points positifs. Si mon avis est globalement mitigé sur cette lecture, je n'en retiens pas moins la conception visionnaire et pourtant si réaliste et plausible que Harry Harrison se fait du futur. Soleil vert a été écrit en 1966 et l'histoire se déroule en 1999. On peut donc dire que, tout de même, Harry Harrison a légèrement surestimé notre propension à surconsommer, à nous reproduire massivement et à détruire de manière aussi drastique nos ressources. Néanmoins, tous les ingrédients sont là. Tous les thèmes qui sont aujourd'hui de véritables enjeux, écologiques mais également éthiques, sont évoqués dans Soleil vert et j'ai trouvé absolument remarquable cette peinture d'un New York au bord du gouffre, surpeuplé, privé d'eau, de nourriture, de denrée, de sécurité. Quasiment livrés à une loi du plus fort dans une ville où la police est dépassée, où le vol est monnaie courante, les habitants se battent pour survivre, se nourrissant de biscuits d'algues qu'ils se procurent grâce à leurs tickets de rationnement, et bravant la chaleur suffocante des rues bondées.
  Dans cette dystopie qui, lue aujourd'hui, peut presque sembler plus présente et réaliste que fictionnelle ou futuriste, Harry Harrison nous met en garde contre nos abus et place le lecteur face aux risques de la consommation à excès, de l'exercice de sa liberté d'indifférence et de son utilisation égocentrique de ce qu'on pourrait voir comme les biens collectifs de l'humanité. En utilisant notamment le personnage de Sol, un "Aîné" qui a connu le monde avant tous ces bouleversements, qui a connu l'eau courante, la café, l'électricité, Harry Harrison aborde différents thèmes tels que la contraception, le matérialisme, la recherche absolue du profit, la superficialité des liens sociaux, la place de la morale dans les comportements humains ou encore la religion, et encourage vraiment son lecteur à développer une réflexion autour de ces sujets. C'est l'un des aspects qui m'a le plus frappée dans ce livre : sa contemporanéité et cette anticipation si juste des problèmes actuels. Une lecture qui trouve donc toute sa place et sa résonnance dans notre contexte historique, écologique et économique, avec, en plus de ce que j'ai déjà évoqué plus haut, une reproblématisation de la domination des riches sur les pauvres et une critique des inégalités sociales et cumulatives.
 
  En revanche, j'ai moins apprécié le fait de m'escrimer, tout au long de ma lecture, à trouver le véritable sens de l'histoire. En effet, si Harry Harrison cadre assez vite son roman autour d'une intrigue policière, l'enquête ne comporte pour le lecteur aucun suspense. Ce dernier suit le personnage d'Andrew Rusch (Andy), chargé de l'affaire, qui prend de l'ampleur à la suite de pressions politico-financières sur la police. Soit. Cependant, la "course-poursuite" du meurtrier a beau s'étaler sur tout le livre, elle n'est clairement pas captivante. J'ai attendu jusqu'à la dernière page une explosion, une détonation, mais l'intrigue ne s'est pas plus étayée. Quelques accélérations de rythme, notamment au début de la deuxième partie, mais qui paraissent finalement vaines puisque l'auteur n'en fait rien.
  Deuxième point qui m'a vraiment dérangée : le manque d'explications initiales pour véritablement comprendre l'univers dans lequel on est plongé. On comprend peu à peu les problèmes écologiques qui se posent, on dessine progressivement les traits d'un monde à l'ordre bousculé, mais certains éléments cruciaux à la compréhension du texte dans son ensemble n'apparaissent qu'en toute fin d'ouvrage. Les soixante-dix dernières pages laissent à Sol l'occasion de combler ce manque, par deux fois, mais malheureusement trop tard à mon goût.
  Ensuite,  j'ai trouvé de manière générale que les personnages manquaient de fond, mis à part Sol et un autre Aîné qui ne fait son apparition que tardivement (trop à mon goût) : Peter, une sorte d'ermite, ancien prêtre, qui redonne un peu de suspense et un autre angle à l'intrigue en posant une nouvelle question qui s'intègre bien au questionnement général du livre, celui de Dieu, de la religion par rapport à la fin du monde et au Jugement dernier. Pour ce qui d'Andy...peu de choses à dire. Un personnage somme toute assez commun, une sorte d'anti-héros, policier qui fait son job, et dont le caractère se précise quelque peu au cours du livre, devenant plus humain, porteur d'un message de justice, de morale. J'ai appris à l'apprécier, mais sans réussir à m'y attacher.
  Il ne me reste qu'à aborder l'unique personnage féminin "clé" du livre : Shirl. Eh bien...! Il y aurait beaucoup à dire. Je ne vais pas m'appesantir sur ce point, mais le fait que le seul personnage féminin important du livre soit aussi pauvre et "crétinisé" (pardonnez l'expression mais il n'y a pas d'autre terme) m'a vraiment posé problème. Sans entamer le discours féministe qui pourtant s'impose, réduire ce personnage à avoir les réactions et les attitudes qui permettent uniquement à Andy de paraître fort/viril/héros, le réduire à pleurnicher quand les situations se compliquent, à changer de vêtements, se refaire les ongles, cuisiner, être belle et bien faite (si, si, tout y est...et par tout, je veux aussi dire rien de plus)...eh bien oui, j'ai trouvé cela franchement gênant et dégradant. 
  Par rapport à la plume de l'auteur, je l'ai trouvée fluide, sans fioriture, adaptée à l'univers qu'il dépeint et servant bien son propos. Ses descriptions de New York, de la misère humaine et matérielle ambiante sont éloquentes et permettent au lecteur de s'immiscer dans un univers nouveau sans difficulté. Un petit manque d'épaisseur à mon goût, de caractère littéraire mais c'est un point de vue très personnel.
 
  En définitive, vous l'aurez compris, je termine ma lecture mitigée. D'un côté j'ai beaucoup apprécié la clairvoyance de l'auteur, l'univers dystopique qu'il élabore pour construire une sorte d'argumentaire contre la surconsommation, les travers du capitalismes (qui sont, du reste, deux des leitmotiv des années 1960). J'ai aimé les valeurs humaines, les thèmes quasi-philosophiques sous-jacents du livre telles que la liberté de l'homme, ses valeurs, sa morale. D'un autre côté, je suis restée sur ma fin en ce qui concerne l'histoire en elle-même, et j'ai eu du mal avec les personnages les plus récurrents du livre.
  Je retiendrai donc ces bouts d'intrigue épars comme un prétexte à faire passer un message et une critique, autant sociale que politique, économique, environnementale et comportementale, tout en regrettant le manque de suspense et de continuité, ingrédients pourtant cruciaux d'un livre de science-fiction.

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