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samedi 16 juillet 2016

La baie d'Alger, Louis Gardel

Le narrateur est né en Algérie quand elle était française. Il sort de l'adolescence alors que la guerre d'indépendance commence. Un soir, devant la baie d'Alger, il est traversé par la certitude que l'univers où il a grandi est condamné à disparaître. Mais, à quinze ans, la lucidité est une vertu encombrante. Il préfère les élans de son âge. tenter de séduire les filles. Discuter avec Solal, camarade de classe et frère d'élection. S'enflammer pour Proust grâce à un éblouissant professeur qui mène, hors du lycée, de mystérieuses activités. Pêcher avec Bouarab sur la plage de Surcouf. Découvrir que les gens ne sont jamais ce qu'on croit qu'ils sont. Cependant, la violence des événements s'accélère. Comment résister? Dans cet apprentissage, Zoé, sa grand-mère, l'accompagne. Généreuse, elle reste aussi proche du président Steiger, le meneur des colons, que du garçon arabe avec qui elle partage son café du matin. Elle avance, avec sa force de vie, sans gémir sur le paradis perdu.
 
 
 Editions Seuil
247 pages
Août 2007

 
  Je suis tombée sur ce livre totalement par hasard. Au détour d'un rayon de la bibliothèque municipale, entre deux temps de révision de bac je crois, ou peut-être juste après l'avoir passé. Je furetais dans les allées, nouvelle habitude, nouvelle habituée, et puis mes doigts se sont posés sur cette tranche de livre là. Le titre et les vagues qui débordent sur cette même tranche m'ont fait tirer le livre et feuilleter ses pages au hasard jusqu'à lire un paragraphe page 123. Je m'en souviens parce que c'est un des rares paragraphes dans lequel le narrateur dévoile son intimité de jeune adolescent et que cette fragilité m'a tout de suite plu. La guerre d'Algérie est une page de l'histoire qui m'intéresse beaucoup et dont on parle trop peu, de laquelle je n'arrive presque à rien retenir malgré toutes les recherches que j'ai faites.

  Je suis ressortie, mon butin sous le coude, et j'ai entamé ma lecture le soir-même, en relisant d'abord cette page 123, puis en recommençant du début.

  Le narrateur nous plonge dans une atmosphère ensoleillée, un peu hors du temps, dans laquelle il nous immerge du haut de ses quinze ans environ. Il nous livre des scènes, retranscrit des dialogues, montre, filme presque le déroulement de l'Histoire, en marge de son adolescence, de ses premières rencontres, de ses amis, de ses amours, de ses premières fois.

  C'est un retour sur lui-même puisqu'il l'a quittée en 1957 et qu'il écrit quasiment de nos jours. Il se souvient, avec une précision qui ne peut que ravir le lecteur et l'emporter, de ces périodes troubles. Troubles auxquels il ne s'intéresse pas, et qui pourtant le rattrapent.

  Je crois que c'est ce qui m'a le plus frappée dans ce livre : la façon dont les Algériens se séparent diamétralement les uns des autres entre ceux qui soutiennent le FLN, et les "colons". C'est su, bien sûr, on y a droit dans nos manuels scolaires, dans les discours des profs...mais là, c'est différent. Plus réel, plus proche de nous, plus concret et subtil à la fois. C'est aussi ce que le narrateur met en avant, derrière son apparente tranquillité : chacun est obligé de choisir, de se ranger, d'avoir un camp. Et ce même à quinze ans, même lorsqu'on essaye de se tenir à l'écart de la politique, qu'on veut seulement suivre le bonheur mêlé d'amertume de l'adolescence, même lorsqu'on vit dans un milieu privilégié, auprès de sa grand-mère Zoé, qu'on est invité à des réceptions de son ami André Steiger, aussi chef des colons français, qu'on est scolarisé au lycée Bugeaud d'Alger aux profs littéraires et ouverts d'esprit... On voit les personnages se forger une opinion des autres en fonction de leurs orientations politiques de plus en plus nettement au fur et à mesure du livre et donc des années.

  J'ai aimé rencontrer Camus, Charlot, Genet, Sénac à travers les yeux du narrateur, à travers son attendrissante envie, ses accès de jalousie, et les voir agir discrètement, à l'image de la manière dont Louis Gardel écrit. Sans description longue, sans trop de fioriture, mais avec ce ton agréable et ces phrases courtes, baignées du parfum d'Algérie dont on s'imprègne à travers les pages.

  Et puis l'avis du narrateur, parti à Paris en 1957 pour une hypokhâgne, et puis la place qu'il ne trouve sienne nulle part, et l'image que tout un chacun se fait de lui en fonction de ses origines sans le laisser aligner deux mots :" Je suis, que je le veuille ou non, un acteur, rangé par ma naissance dans le rang des colonialistes " pour certains, et pour d'autres, simplement, un raciste.

  Louis Gardel évoque avec beaucoup de sensibilité des souvenirs, dans une prose sublime, concise, un brin mélancolique de ceux qui ont connu les goûts, les odeurs, la musique, la douce et sauvage beauté de l'Algérie. Loin de la "délectation morose" de Musset, que la grand-mère Zoé a en horreur, proche de la mémoire un peu enfouie, un peu cachée dont on veut garder la saveur la plus pure.

  C'est un livre dont l'authenticité m'a beaucoup plu, touchée, dont on ressort l'esprit ailleurs, le regard à la fois plus critique et plus tolérant, dont la sobriété permet la maturité du lecteur, lui offre une ouverture, une échappatoire historique et le met aussi face à lui-même et à des préoccupations, des troubles plus actuels.


Pour plus d'infos, je vous partage ce lien du Figaro, un avis que je trouve assez édifiant et juste : http://evene.lefigaro.fr/livres/livre/louis-gardel-la-baie-d-alger-29870.php

4 commentaires:

  1. Tout comme toi c'est un sujet qui m'intéresse et je rajoute ce titre à une liste que je me suis concoctée pour l'an prochain ( Des Hommes de L.Mauvignier et Le club des incorrigibles optimistes) ce sont des petits pavés donc je n'ai pad eu le temps de les lire avant le bac.
    Merci de la découverte !

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    1. Merci pour les titres, je note aussi ! :D

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  2. Oh je crois que ce roman me plairait beaucoup !

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