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samedi 20 avril 2013

Norlande, de Jérôme Leroy

  Depuis huit mois, la Norlande est en deuil. Ce pays dans lequel tout allait bien, dans lequel personne n'avait besoin de sécurité parce qu'il n'y avait que deux meurtres par an tout au plus.
  Clara, à travers un cahier destiné à sa correspondante française, raconte comment elle a assisté au drame et pourquoi elle s'en sent coupable.
 
Ecrit par Jérôme Leroy
Aux éditions Syros
Collection Rat Noir
148 pages 
 
                 MON AVIS
 
  Je souhaite tout d'abord remercié de tout coeur les éditions Syros pour m'avoir permis de lire ce livre inoubliable, désormais marqué au fer rouge dans mon âme.
  Ce roman raconte, dans un pays imaginaire et avec des personnages imaginaires, le drame qui a eu lieu le 22 juillet 2011 sur l'île de l'Utoya, en Norvège et donne la parole à une jeune rescapée, pour vous situer un peu.
  J'ai commencé ce livre plutôt sceptique, sans préavis car je n'en avais pas du tout entendu parler. J'ai donc débuté ma lecture hier soir, dans l'avion, avoir terminé Vipère au poing, et l'ai achevée environ deux heures plus tard, dans mon lit, complètement absorbée par ce petit livre renfermant moins de 150 pages.
  L'histoire se déroule dans un petit pays merveilleux, comme on pourrait l'appeler : un pays où aucune infraction n'est jamais commise, où les personnalités sortent sans garde du corps ni voiture aux vitres fumées, un pays où le meurtre n'est qu'un mot parmi tant d'autres, parce que jamais aucun d'eux n'est commis. Un pays de conte de fée. Un pays imaginaire, bien sûr, censé se trouver en Scandinavie, où l'auteur a préféré transposer cette tragédie qu'il voulait réécrire. Une tragédie, pour le coup bien réelle, malheureusement mais dont je n'avais jamais entendu parler, bizarrement.
  Clara, une jeune fille de 17 ans, est depuis huit mois internée, hospitalisée dans une chambre dont elle ne sort quasiment jamais. Maintenant, elle essaye de recoller les morceaux avec son ancienne vie. Idéale mais qu'elle sait inaccessible. Elle commence alors un carnet, ce livre, qu'elle destine à sa correspondante française, Emilie, sa plus proche amie. A l'intérieur, elle tente de décrire les faits comme elle les a vécus. Elle tente de guérir, de "passer la porte", de simplement se confier, enfin, après huit mois de silence.
  Ce livre m'a bouleversée. C'est simple à dire et pourtant beaucoup plus compliqué. Parce que je ne pourrais pas vous en parler comme d'un autre livre coup de coeur. Là, c'est pour moi le livre de l'année 2013. Je suis incapable, à vrai dire, de vous exprimer tout ce que j'ai pu ressentir à travers ce livre qui exprime un magnifique message concernant la xénophobie, le racisme et j'en passe. Tout ce qui sépare les hommes et fait qu'ils ne pensent qu'à s'entre-tuer.
  Ce livre est plus qu'un simple livre, c'est l'histoire de beaucoup de personnes, certaines décédées, certaines traumatisées. Ce livre, c'est l'histoire de vies.
  Je vais faire de mon mieux pour vous en parler, mais sachez que ça va être périlleux.
  Je suis entrée dans ce roman avec beaucoup de questions. L'"évènement", l'"Autre" dont la narratrice nous parle sans arrêt, je me demandais ce que c'était très intensément. Une catastrophe, une tragédie. Oui, mais quoi? Durant tout le livre, l'auteur nous tient, nous jeunes lecteurs, jeunes "ininformés" de l'actualité certaines fois, dans un suspense exaltant, profond, dérangeant parfois. Un suspense pourtant bien noir étant donné ce qu'on découvre à la fin, ce qu'on avait anticipé et ce que Clara parvient enfin à avouer d'un ton fort, lourd, mortifié, honteux.
  L'écriture de l'auteur m'a beaucoup, beaucoup plu. Poétique, parfaitement alliée avec le reste, douce et parfois comme clairsemée de souffrance, de peur. Jérôme Leroy a su manier les mots d'une façon indescriptible, de façon à complètement nous inclure dans l'histoire, à la place d'Emilie et aussi à celle de Clara. Il a su tout expliqué de sa manière bien à lui, toujours douce et fluide, légère, mais en même temps forte, très forte. J'en ai encore des frissons.
  J'ai beaucoup aimé ce livre, également pour ses aspects politiques qui m'ont beaucoup appris, je dois bien l'admettre. Tous ces termes que je ne connaissais pas. Tous ces mots qui m'étaient inconnus et sur lesquels j'ai pu poser une définition que je ne soupçonnais pas (ex : "survivaliste").
  Ce que j'ai aimé, c'est cette façon de raconter après coup, avec des commentaires sur la narratrice elle-même qui s'en veut tellement, se demande comment elle a fait pour "être aussi stupide", "naïve".
  Ce que j'ai aimé, c'est ce livre, ce lire marquant, magistral, inoubliable...et dont je suis bien en peine de vous parler tant il m'a touchée, subjuguée, étonnée, fascinée, assoiffée, horrifiée, bouleversée jusqu'au plus profond de mon être.
  A vous de lire ce pur joyau, efficace, concret et inoubliable par sa franchise et sa volonté de faire comprendre. Il n'y a pas d'autres mots que celui-là : inoubliable. Le fait que ce sujet soit d'une évidente actualité ne fait qu'ajouter au texte une subtilité incroyable. 
  Encore une fois, je remercie les éditions Syros pour m'avoir permis de découvrir ce livre si puissant, sans lesquelles je ne m'y serais sans doute jamais intéressée. Un texte grandiose écrit par un auteur hors-du-commun, ce n'est pas si fréquent.
NB : c'est une suite, mais il se lit tout à fait sans le premier tome : La grande môme, qui, d'après le synopsis m'a l'air plus basique...moins marquant par le sujet qu'il aborde. 

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